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La procession

"Leurs yeux étaient des yeux de cadavres. Dès qu'ils me virent, ils s'arrêtèrent brusquement. Les cavaliers baissèrent leurs piques. Craignant de les irriter, je ne fis aucun geste pour saisir mes propres armes. Néanmoins, j'étais prêt à les charger si cela s'avérait nécessaire. Un des cavaliers parla d'une voix lente, mais avec une effrayante autorité, comme si il était la Mort elle-même, comme si la pique qu'il tenait à la main était la Grande Faux.
- Vous avez transgressé la règle, compagnon... Vous avez transgressé la règle... Ignorez-vous que ce lieu vous est interdit ?
Les mots semblaient former une suite de phrases préfabriquées, entrecoupées de longues pauses, comme si celui qui parlait devait se remémorer les notions du langage.
- Je n'ai vu aucun signe, répondis-je. Je n'ai entendu aucun avertissement. Comment l'aurais-je pu, alors que ce pays ne possède pas un seul habitant ?
Durant toute mon expérience de l'horreur, je n'avais jamais rien vu qui pût être comparé à ce cadavre parlant. Je ressentais une crainte déconcertante que j'avais le plus grand mal à maîtriser."
(Extrait du "Chien de guerre" de Michael Moorcock)